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En Irak

Après le « référendum » et la « déclaration d’indépendance » du Kurdistan irakien (initiative du clan Barzani), l’armée irakienne a repris Kirkouk quasiment sans coup férir, alors qu’on s’attendait à une guerre entre les peshmergas et l’armée irakienne, juste après la chute de l’Etat islamique... Voici une traduction d’un article fort intéressant de Pierre Balanian pour Asianews, sur ce qui se passe au Kurdistan, et dans les coulisses.

Note préliminaire. Le Kurdistan irakien est depuis longtemps divisé en deux territoires, celui du clan (historique) Barzani (capitale Erbil) et celui du clan Talabani (capitale Souleimaniye). Il y a eu de vraies guerres entre les deux clans, éventuellement arbitrées par Saddam Hussein, leur ennemi commun, appelé à la rescousse par l’un des deux. Dans l’Irak post-Saddam, on a mis Talabani à la présidence de la République d’Irak, et Barzani à la présidence du Kurdistan.

Le Premier ministre irakien Haidar Al Abad, a déclaré que « le référendum pour le Kurdistan fait partie du passé ». Pour lui, la prise de Kirkouk est un tournant. A Souleimaniye, Barham Salih, qui s'est récemment séparé de l'Union patriotique du Kurdistan de Talabani pour créer sa propre Coalition pour la Démocratie et la Justice, a appelé toutes les parties à suivre la raison et à mettre un terme à la politique du « fait accompli » (une critique claire du référendum de Barzani), ajoutant que le « référendum sur l'indépendance kurde a créé de nombreux problèmes » et que « nous aurions dû tenir compte de ce que l'ayatollah al-Sistani a dit ». Salih a poursuivi en disant que les dirigeants kurdes « doivent réviser leurs analyses qui se sont révélées fausses », notant que « les Kurdes sont mécontents de la politique, que des réformes sont nécessaires » et que « de nombreuses nouvelles divisions et de nouvelles alliances se dessinent au Kurdistan ».

Le premier jour de Kirkouk sous total contrôle irakien s'est déroulé sans encombre. Les drapeaux flottaient au milieu d’une sécurité renforcée. Les magasins, les bureaux gouvernementaux et les écoles étaient ouverts. Les gens dans le quartier central de la ville étaient heureux et rassurés. Pendant des mois, la possibilité d’une guerre à Kirkouk avait alimenté les craintes des habitants. En fin de compte, les combats et la dévastation ne se sont pas concrétisés comme le prédisaient certains qui avaient promu un scénario catastrophe par crainte de perdre leurs avantages. Comme le gouverneur de la ville a disparu, son adjoint, Rakan Al Jbouri, a pris le relais. Lors d'une conférence de presse, ce dernier a appelé les résidents qui ont fui à revenir pour « préserver et protéger leur propriété ». De son côté, le chef de la police de Kirkouk Khattab Omar n'a pas été autorisé à répondre aux questions en kurde de journalistes kurdes.

La chute ou la libération de Kirkouk a certainement élargi le fossé entre les partisans de Talabani et de Barzani. Les deux dirigeants avaient toujours été en désaccord sur la façon de gérer l'autonomie du Kurdistan. Bien que Barzani soit devenu une figure culte parmi les Kurdes pour avoir évoqué la possibilité que leur rêve puisse devenir réalité, certains ont commencé ces derniers mois à le critiquer à cause de l'empire économique qu'il a construit en 26 ans à la tête du gouvernement régional du Kurdistan et pour sa gestion des ventes de pétrole sans contrôle du gouvernement central. Quoi qu’il en soit de la justesse des critiques contre lui, les rumeurs et les accusations ont été propagées par le parti de Talabani.

Depuis la mort de Talabani il y a deux semaines et la stratégie suicidaire du tout ou rien de Massoud Barzani, le Kurdistan semble divisé en deux. Talabani n'était pas opposé au référendum, qu'il considérait comme un levier pour un gain en faveur des Kurdes tout en restant dans le pays. À l'inverse, pour Barzani, c'était le premier pas vers la sécession et l'indépendance totale. À bien des égards, le Kurdistan irakien ressemble aujourd'hui à un émirat du Golfe aux mains d'un seul clan, les Barzani. Cela en irrite plus d’un, en particulier les nombreux petits partis d'opposition kurdes. Et maintenant, la situation intérieure pourrait s'aggraver, aggravant la crise économique provoquée par le blocus imposé par l'Irak, la Turquie et l'Iran.

Un Pershmerga à la retraite a dit à AsiaNews que certains Kurdes pro-Barzani et des membres du PKK « ont jeté des pierres sur les pershmergas à la retraite les exhortant à résister et à combattre au lieu de fuir ». La perte de Kirkouk « marque indubitablement la fin du rêve d'un Kurdistan irakien indépendant », a déclaré le chef de la milice chiite Al Hashd el Shaabi (Forces de mobilisation populaire).

Au cours des deux dernières semaines, beaucoup a été fait pour empêcher le déclenchement d'un conflit armé entre les Kurdes et les forces irakiennes, ou plutôt entre les Kurdes et la milice al-Hashd el Shaabi. Si cela avait eu lieu, Barzani aurait été considéré comme la victime, créant ainsi un consensus international sur l'indépendance kurde. Selon de nombreux analystes locaux, Barzani comptait là-dessus, mais les mesures diplomatiques et juridiques du gouvernement central de Bagdad l’ont empêché grâce au soutien de l'Iran et de la Turquie. Pendant ce temps, à Kirkouk, on parle d'un acteur qui a travaillé en coulisses pour éviter une guerre kurdo-irakienne, à savoir le général Qasem Soleimani, chef de la Force Al Qods des Gardiens de la Révolution iraniens, considéré comme un ennemi juré du califat islamique le porte-parole du groupe islamique Abu Mohammad El Adnani, mais aussi des Etats-Unis qui le considèrent comme un "chef terroriste". Le général Soleimani a été vu plusieurs fois à Erbil ces derniers jours, en dépit de l'interdiction par l'Iran de liaisons terrestres et aériennes avec le Kurdistan.

Désormais tout semble être contraire à Massoud Barzani dont le désenchantement s'est aggravé suite à des déclarations impromptues de ses alliés comme le président américain qui a dit qu'il ne prenait pas parti entre l'Irak et le Kurdistan, fracassant les espoirs que Barzani avait placés dans le lobby juif américain pendant la campagne référendaire, où l’on a vu flotter des drapeaux israéliens au Kurdistan. Après un long silence, l'Arabie saoudite a réitéré son soutien à l'intégrité territoriale de l'Irak dans un message attribué au roi Salman après que les forces irakiennes ont repris Kirkouk. Pour Barzani, le dernier coup est venu d'Israël quand un porte-parole du Premier ministre Netanyahou a déclaré qu'Israël n'interviendrait pas dans le référendum au Kurdistan. Actuellement, Massoud Barzani est complètement isolé.

Parmi les différents acteurs, la Turquie est probablement la plus heureuse. Le parlement turc a autorisé le retour d'un passage près de Khabour au Kurdistan irakien aux autorités irakiennes, donnant à l'Irak la possibilité de collecter des millions de droits de douane allant jusqu'ici au gouvernement kurde régional.

En Iran, Ali Akbar Velayati a déclaré lundi qu'en prenant Kirkouk, les forces irakiennes ont brisé le dos du traître Massoud Barzani. Cela a déjoué la tentative de scission de l'Irak et a mis fin à l'acheminement de 90% du pétrole du Nord vers la Turquie, puis vers Israël grâce à des sociétés étrangères constituées à 70% par des Israéliens. La deuxième chaîne israélienne a confirmé mardi l'information selon laquelle la prise de contrôle de Kirkouk par les troupes gouvernementales irakiennes a stoppé l'arrivée de pétrole de Kirkouk en direction d'Israël via la Turquie.

Parmi les partisans de Barzani on parle de haute trahison des peshmergas de l'Union patriotique du Kurdistan, actuellement sous le contrôle de sa veuve qui a « trahi la cause avec les Iraniens », a déclaré un responsable anonyme d'Erbil à AsiaNews. Le commandement peshmerga à Erbil a publié une déclaration menaçante selon laquelle « la prise de Kirkouk coûtera cher au gouvernement irakien ». Ce n'est pas un hasard si la télévision iranienne diffuse les images d’un raid des forces irakiennes contre une fabrique peshmerga de voitures piégées dans un cimetière, tandis que la télévision irakienne a montré une découverte similaire sur un site tenu par les peshmergas à Bagdad.

Cherchant un bouc émissaire pour ses échecs, même Massoud Barzani a déclaré dans un discours télévisé que « ce qui s'est passé à Kirkouk est le résultat de décisions unilatérales prises par certains partis kurdes ». Certains craignent maintenant, non pas tellement une guerre civile entre Irakiens et Kurdes, comme l'ont prédit de nombreux analystes, mais un affrontement total entre Barzani et ses rivaux qui sont maintenant plus forts compte tenu des déceptions des Kurdes face à la perte du rêve d'indépendance.

Commentaires

  • Il est préférable de voir les Kurdes s'entretuer plutôt qu'une guerre entre Irakiens et Kurdes.

    En effet, les Kurdes n'ont pas d'armes lourdes, ils sont incapables d'affronter victorieusement l'armée irakienne. Une telle guerre leur causera infiniment plus de morts que s'ils s'affrontaient entre Kurdes qui ne sont que légèrement armés.

    Le même problème va se poser en Syrie. Il faut espérer que Trump n'empêchera pas Assad de récupérer sa part du Kurdistan.

    Mais avec Trump, on est dans l'irrationnel. J'en suis partisan dans la mesure où il défend les valeurs chrétiennes mais ce n'est pas un type fiable, car avec lui on ne sais jamais sur quel pied danser ( Poutine en sait quelque chose...) et je me demande souvent si lui-même sait ce qu'il veut vraiment.

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