04 juillet 2013

En Egypte

Quand l’armée renverse un gouvernement démocratiquement élu, cela s’appelle un coup d’Etat militaire.

C’est ce qui s’est passé hier en Egypte. Mais personne dans la communauté internationale, ou dans la presse mondiale de la pensée unique, n’utilise l’expression « coup d’Etat militaire ». Cela va de l’enthousiasme face ce nouveau pas en avant du magnifique printemps arabe, à une vague inquiétude sur ce qui va maintenant se passer.

L’armée a donc mis son ultimatum à exécution : elle a arrêté et incarcéré le président Mohammed Morsi et quelques autres personnalités, a suspendu la Constitution, pris le contrôle de tout ce qu’elle ne contrôlait pas directement, lancé des mandats d’arrêt contre quelque 300 responsables des Frères musulmans… comme on pouvait le voir les jours de crise sous le gouvernement du général Moubarak.

Morsi a été viré par le général Sissi, qu’il avait nommé il y a un an commandant en chef de l’armée, président du conseil suprême des forces armées et ministre de la Défense. Celui qui est maintenant considéré comme le sauveur de la démocratie grâce à un coup d’Etat militaire était alors jugé trop proche des Frères musulmans… On n’est jamais trahi que par les siens. On sait d’autre part que Sissi, formé en Angleterre, puis à l’école de guerre de l’armée américaine de Pennsylvanie, a des liens étroits avec le Pentagone…

Il a eu l’intelligence de faire croire (ça a bien l’air de marcher) qu’il y a un gouvernement civil, puisqu’il a nommé Adly Mansour comme président par intérim, et Mohammed El Baradei comme Premier ministre par intérim.

Adly Mansour est un magistrat que Morsi avait nommé président du Conseil constitutionnel, et qui venait de prendre ses fonctions le 1er juillet. Il est paraît-il inconnu même en Egypte. El Baradei, prix Nobel de la paix, est quant à lui mondialement célèbre, puisqu’il fut longtemps le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, notamment au moment de la guerre d’Irak quand il tenta de faire comprendre très diplomatiquement que les armes de destruction massive de Saddam Hussein étaient un mythe.

El Baradei était considéré par les médias occidentaux comme « le chef de l’opposition ». Curieux chef, populaire, certes, sur la place Tahrir, mais qui ne capitalise que sur son nom, et ne s’était même pas présenté, finalement, à la présidentielle. Il a fondé un parti, qui n’est qu’un groupuscule.

L’armée promet de nouvelles élections. Et fera ce qu’elle pourra pour empêcher les Frères musulmans de revenir au pouvoir. Il est vrai qu’ils sont largement discrédités, car autant ils étaient efficaces par leurs réseaux d’aide sociale, autant ils se sont montrés impuissants à la tête de l’Etat (sauf pour placer leurs hommes partout).

Que peuvent donner de nouvelles élections ? Il convient de regarder du côté de ceux qui ne disent rien et qui, avec une exquise discrétion de violette, attendent tranquillement leur tour : les salafistes, dont le score totalement inattendu (24%) avait été l’immense surprise des législatives. Si les Frères s’effondrent, ce sont les salafistes qui tireront les marrons du feu. Car, en dehors de la place Tahrir et des quartiers résidentiels d’Alexandrie, l’Egypte, ce sont les imams de l’Egypte profonde. Lesquels sont de plus en plus fondamentalistes.

En attendant, vive la démocratie…

13:12 Publié dans Dans le monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : egypte

Commentaires

Avec le bon gros général Sissi ,
le conte fée continue ,
si,si ...

Écrit par : momo | 04 juillet 2013

Répondre à ce commentaire

Je vous assure que j'ai entendu l'expression "coup d'Etat militaire" aujourd'hui sur trois radios à l'heure du déjeuner.

Écrit par : Jean | 04 juillet 2013

Répondre à ce commentaire

Exactement, la presse internationale ne dit que ca.

Écrit par : Rana | 06 juillet 2013

M. Daoudal,
Vous commencez votre article par une définition très simpliste qui démontre parfaitement la superficialité de celui-ci et le fait que vous négligez certains éléments dans la constitution de votre logique.
Morsi et son gouvernement ont été renverses le 30 juin par le peuple, ce jour ou ils ont perdus leur légitimité quand plus de 30 millions d’égyptiens ont demandés leur démission.
Ensuite, la situation étant devenue tendue et dangereuse, le peuple, dans les rues, a demandé a l’armée de faire son devoir et d'intervenir afin de faire cesser une situation de terrorisme, après que Morsi a appeler ses quelques supporteurs a commettre des actes de violence contre les manifestants.
Après réunion avec les représentants du peuple : Le mouvement rébellion, le pape Shenouda II, Sheikh Al-Azhar etc, L’armée a donc pacifiquement et officiellement transmis le pouvoir au Président du Conseil Constitutionnel (qui n'est donc pas un militaire).
Ce "coup" n’était donc ni planifie, ni violent ni secret.
Et puis en arrivant a la fin de l'article, on ne comprend même pas si selon votre raisonnement c'est les militaires ou les salafistes qui prennent le pouvoir?
D'ailleurs quel mépris quand vous étiquetez et limitez l’Égypte a la fin de votre article! Sur quelle base ou études basez vous votre jugement?
M. Daoudal, L’Égypte qui est sortie en millions dans toutes les villes et villages, hommes/femmes, riches/pauvres, religieux/ou pas pour dire non aux islamistes, n'est pas (les Imams de l’Égypte "profonde")!

Écrit par : Rana | 05 juillet 2013

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire