06 janvier 2012

Epiphanie

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Mosaïque du jésuite slovène Marko Rupnik (dans la chapelle de l’université du Sacré-Cœur, Fairfax, Connecticut).

Chaque année, il se trouve des prêtres pour nous avertir doctement que les « rois mages », qui ne sont bien entendu qu’un mythe, n’étaient pas des rois, mais seulement des « mages », c’est-à-dire en l’occurrence des astronomes (puisqu’ils ont vu une étoile) : l’évangile de saint Matthieu parle bien de mages, et non de rois mages, et en outre il n’en donne pas le nombre.

Il faut avoir singulièrement perdu le sens de la liturgie, de la tradition et de l’Ecriture sainte pour débiter de telles âneries.

Toute la liturgie de l’Epiphanie est tissée de citations du psaume 71, l’un des grands psaumes messianiques, et du chapitre 60 d’Isaïe, qui lui est très proche. Ainsi ces textes prophétiques nous disent-ils que des rois, les rois d’Ethiopie, de Tharsis et des îles, d’Arabie et de Saba, les puissances des nations, viendront pour adorer le Messie, et lui apporteront des présents, de l’or et de l’encens, « dans une inondation de chameaux », comme dit la Vulgate de façon savoureuse. Car celui qui doit venir pour libérer les pauvres, celui qui est la gloire même du Seigneur, et dont le règne sera éternel, est né comme une rosée sur la terre, pour y faire germer la justice.

Oui, les prophètes parlaient de rois, parce qu’ils annonçaient la venue d’un roi, le fils de David, qui règnerait pour toujours. Les mages eux-mêmes demandent à Hérode où est le roi qui vient de naître. Jésus s’inscrira ouvertement dans les prophéties. Si bien que ses apôtres lui demanderont encore au dernier moment, juste avant l’Ascension : « Est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? » Oui, il est le roi qui devait venir : il le proclamera devant Pilate, mais en précisant que sa royauté n’est pas de ce monde. Il proclame sa royauté entre les deux phases de l’acte sacerdotal suprême, celui du Sacrifice : entre la Cène et la Croix. Car ce roi est le souverain prêtre.

La fête de l’Epiphanie est du reste la vraie fête du Christ Roi. Du Roi Prêtre. Du… Roi Mage. La liturgie insiste sur ce point. On peut remarquer, par exemple, que l’antienne d’introït n’est pas, comme on s’y attendrait, un verset du psaume 71, mais un texte qui concentre encore davantage l’idée royale : « Voici que vient le Seigneur dominateur, et le règne est dans sa main, et le puissance, et l’empire. » Avec le jeu de mots sur « dominator Dominus », le mot regnum qui dit aussi bien le royaume que le règne, le mot potestas qui désigne à la fois le pouvoir et la puissance, le mot imperium qui indique le pouvoir impérial, l’autorité suprême et universelle. (Ce texte ne figure pas tel quel dans la Sainte Ecriture. C’est une composition ecclésiastique, inspirée par une formule de la fin du premier livre des Chroniques.)

Dans l’Orient antique, le roi est souvent aussi le chef suprême de la religion. Cela se verra même à Rome, quand l’empereur se fera décerner le titre de Pontifex maximus, et bien entendu dans les empires musulmans, mais aussi dans les royaumes protestants, encore de nos jours en Angleterre.

L’évangéliste parle de mages (1) pour insister sur le côté religieux, et non politique, de la venue du Seigneur. Mais ces mages sont bel et bien aussi des rois, car ils offrent au Nouveau Né de l’or, de l’encens et de la myrrhe. L’or est ce que les rois offrent aux rois, l’encens est ce que les prêtres offrent aux prêtres, la myrrhe est ce que les humains offrent aux humains pour leur sépulture. Le Dieu qui naît à Bethléem est à la fois roi et prêtre éternel, et homme mortel.

Un roi et prêtre était venu rendre hommage à Abraham : « Melchisédech, roi de Salem, offrant le pain et le vin car il était prêtre du Dieu Très-Haut ».

L’épître aux Hébreux souligne que ce Melchisédech est, chose insolite parmi les personnages bibliques, sans généalogie, sans père, sans mère, sans commencement ni fin indiquée de sa vie. De ce fait il est une préfiguration du Christ, dont le psaume dit bien qu’il est « prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech ».

D’une certaine façon, les mages sont Melchisédech en trois personnes. Ils « viennent d’Orient », de l’Orient divin, ils viennent de la part de la Sainte Trinité pour authentifier la naissance sur terre du véritable Melchisédech, roi de la paix et de la justice, l’un de la Sainte Trinité, devenu homme sans cesser d’être Dieu. Et ils se prosternent devant le Roi des cieux venu sur terre sauver les hommes.

(1) Le mot mage est un mot persan, passé tel quel en grec, puis en latin, puis en français (etc.). Dans son sens premier et technique, il désigne un prêtre spécialisé dans l’interprétation des songes.

PS - Pour prendre en compte la juste objection faite par Philibert dans les commentaires, il convient de préciser qu'en ce qui concerne Melchisédech et les Mages il s'agit en quelque sorte d'une analogie inversée, venant du fait que dans l'histoire d'Abraham Melchisédech est la figure du Christ, alors que dans l'évangile c'est le Christ qui est face aux Mages. (Il y a aussi une analogie entre les 3 Mages et les 3 "hommes" qui viennent rencontrer Abraham, qui lui annoncent la naissance miraculeuse de sont fils, et auxquels il parle au singulier: dans les deux cas il s'agit d'une image de la Sainte Trinité.)

Commentaires

- Le mot mage désigne bel et bien les savants dans l'antiquité. Que les rois de la terre avaient, et conservent à ce qu'il paraît, l'habitude de consulter, en raison de leurs connaissances astrologiques, ce qui n'est pas plus sot que de se fier aux statistiques économiques.

- Cette précision restitue au contraire la véracité au texte. Rien ne dit que le mythe est moins véridique que le "cinéma chrétien". Pour être un récit de type mythologique, le récit de la chute d'Adam et Eve n'en est pas moins vrai.

- Pendant des mages, Hérode tenant du pouvoir exécutif, a au contraire tenté d'éliminer le Sauveur.

- Si les rois-mages sont des rois, alors le pain du Christ, c'est de la banette, l'humanité une marée de poissons, le mariage du Christ avec son Eglise celui du curé moderniste de Cucugnan avec sa bonne, etc. Pour montrer l'esprit, le Christ est bien obligé d'employer le langage humain : il n'en renverse pas moins l'ordre moral humain, ou anthropologique, avec ses paraboles : les premiers seront les derniers.
- Jésus-Christ n'a pas plus de généalogie que Melchisédech, roi de Salem, auquel Abraham donne "la dîme de tout", comme les juifs auraient dû faire avec Jésus.

- Si Melchisédech est un personnage-clef de la théologie politiquement incorrecte de Bacon-Shakespeare ("New Bensalem"), c'est sans doute parce qu'il est lui-même un savant astrologue (diffamé récemment par Benoît XVI sur la foi d'une littérature universitaire débile), plus attentif à l'épiphanie de l'Esprit qu'à l'éternel retour du petit Jésus dans la crèche à chaque solstice d'hiver, qui permet chaque année à tous les margoulins de la terre de communier oecuméniquement entre eux.

- Si on lit attentivement "Hamlet", dans la version anglaise, on comprend que cette tragédie raconte justement une épiphanie, et que l'apparition du vrai père de Hamlet à l'aube est en même temps une apparition stellaire. Claudius, le beau-père incestueux qui tente d'assassiner Hamlet, incarne le pouvoir romain. Pour être mythique, cette tragédie n'en est pas moins vraie, puisque consécutive à l'apparition d'une étoile nouvelle en 1572, qui suscita un grand émoi dans la communauté des savants, moins soucieuse que celle d'aujourd'hui d'enfiler des perles.

- C'est pourquoi je propose de fêter plutôt cette année Hamlet-Shakespeare, plutôt que les mages chaldéens, dont la science les a peut-être guidés jusqu'à la crèche, mais dont rien ne dit qu'ils avaient pénétré mieux que les apôtres (avant la Pentecôte) le retournement de l'ordre naturel par ce nouveau roi sans généalogie (au sens biologique). Pour mieux se référer comme Shakespeare à l'apocalypse chrétienne, plutôt qu'aux juives qui annoncent la venue du Messie, et procéder comme les spécialistes de l'amalgame judéo-chrétien, à un étrange renversement de l'histoire.
Et puis parce que Shakespeare a répété avec une force extraordinaire à l'Angleterre alors ivre de puissance ce que Daoudal sait parfaitement : ceux qui se sont élevés seront abaissés, les rois de la terre comme les faux savants technocrates et la traînée de sang qu'ils laissent derrière eux, et qui ne les dégoûte même pas de donner aux pauvres des leçons d'éthique.

Écrit par : Lapinos | 06 janvier 2012

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Dans l'étrange commentaire de "lapinos", je ne retiendrai qu'une chose : à la différence de ce que vous avez écrit, ce n'est pas, en effet, Melchisédech qui verse un tribut à Abraham, c'est bien Abraham qui, reconnaissant sa dépendance, verse un tribut à Melchisédech, le Roi-de-paix, roi de Salem, personnage mystérieux dont les Pères disent qu'il était la figure du Christ, Ange sacerdotal, prince de la Paix.
Par ailleurs, j'admire aussi toujours ce genre de phrase : "Pour être un récit de type mythologique, le récit de la chute d'Adam et Eve n'en est pas moins vrai"; elle est caractéristique des théologiens qui ne croient plus aux miracles et croient bien plus à l'évolution qu'à la Parole de Dieu dans la Genèse -ou ailleurs-! surtout si c'est extra-ordinaire (car, il faut être honnête avec soi-même : dire que c'est un récit mythologique, c' est dire que ce récit n'est pas historique, n'est pas vérité historique, qu'il est seulement "vrai" de la vérité d'une parabole, d'un récit pieux transmettant une pieuse morale); autant dire, rien à voir avec ce que l’Église a toujours enseigné.
Sur le site du diocèse de Poitiers, il y a un remarquable exemple de cette "pirouette" intellectuelle : le prêtre en question refuse au fond l'idée de "Présence réelle" mais il ne le dit pas clairement, laissant entendre que cette présence réelle est d'autant plus réelle qu'elle est symbolique...; l'Eucharistie est un merveilleux symbole; quant à la transsubstantiation, il n'en est pas question.
Vous dites :"l’encens est ce que les prêtres offrent aux prêtres"; c'est bien pour le balancement de la phrase, mais c'est curieux comme remarque; l'encens est ce que les prêtres offrent à Dieu; c'est que le Christ Jésus est le prêtre éternel et les mages en ont eu la prescience.

Écrit par : Philibert | 06 janvier 2012

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- Je crois Satan suffisamment puissant pour opérer des miracles, surtout dans l'ordre naturel qui est le sien. La réticence de Jésus-Christ à opérer des miracles, est connue. Le miracle est omniprésent dans les religions les plus démoniaques. L'apocalypse de saint Jean évoque plusieurs miracles démoniaques dont l'accomplissement médusera et asservira le monde ; j'ai de bonnes raisons de les croire liés à la technocratie.

- Sur le mythe, je réponds très simplement que l'apocalypse est un récit mythologique, en même temps qu'elle est l'histoire chrétienne. Ce récit a d'ailleurs largement inspiré le plus grand historien de l'ère chrétienne, W. Shakespeare, historien-prophète de la chute des puissants de ce monde.

- A votre tour, Philibert, maintenant : 1/ La phrase "ce que l'Eglise a toujours enseigné" sonne comme une plaisanterie. 2/ La prescience des mages est une pure invention de votre part. Il n'est écrit nulle part que ces savants étaient des prophètes comme Daniel ou Elie, ni même qu'ils avaient connaissance des prophéties juives annonçant la venue d'un Messie.

- Sur l'évolutionnisme, je proteste depuis plusieurs années contre la brigade mondaine de Benoît XVI qui ne cesse de propager cette religion étrangère au christianisme, dont les nazis s'étaient emparés, et qui propage cette religion avec une audace que Darwin n'aurait pas eue : sans la moindre preuve ni argument scientifique le plus souvent, quasi comme un article de foi ; sans oublier le sinistre Philippe Verdin, "de l'ordre de saint Dominique".

Écrit par : Lapinos | 08 janvier 2012

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Effectivement j'ai eu l'année dernière un sermon dans lequel le prêtre insistait de manière passionnée voire énervée sur cette histoire de mages qui ne seraient pas rois ...

Écrit par : arz | 09 janvier 2012

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- La pièce prophétique de Shakespeare, "Twelfth Night", mal traduite en français par "La Nuit des Rois", se traduit en anglais par "Epiphanie". Il s'en est fallu de peu que le XVIIe siècle satanique de la "tyrannie chrétienne" et des éminences grises catholiques ne fasse passer Shakespeare à la trappe ; il avait beaucoup mieux compris le miroir tendu par Shakespeare aux grands de ce monde et aux nations, et dans lequel Shakespeare a dessiné le diable.

Écrit par : Lapinos | 10 janvier 2012

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