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L’Irak, sept ans après Saddam

BAGDAD (Reuters) - Les électeurs irakiens sont appelés, dans un peu plus de trois semaines, à renouveler leur parlement, un scrutin législatif politiquement crucial pour l'avenir du pays, mais l'état de délabrement de l'Etat ne les incite guère à la mobilisation.

Les Irakiens ne disposent toujours que de quelques heures de courant électrique par jour tandis que des tonnes d'ordures s'entassent et des mares d'eaux usées stagnent dans les rues des villes, sept ans après l'invasion anglo-américaine de mars 2003.

La campagne électorale a débuté ce vendredi et les militants des nombreux partis en lice s'apprêtent, comme lors des élections provinciales de l'an dernier, à s'affronter rudement à coups de discours enflammés, de slogans, de bannières, d'affiches et de graffitis.

Assis sur un gisement de pétrole, mais ravagé par des années d'attentats à la bombe et d'affrontements armés, l'immense bidonville chiite de Sadr City, dans l'est de Bagdad, représente pour beaucoup le symbole de la l'impéritie et de la corruption d'un pouvoir qui dilapide les richesses du pays et sape la motivation des électeurs.

"J'entends dire que Sadr City est riche, mais je ne vois pas la couleur de la richesse. Pourquoi mes enfants ne sont-ils pas riches? Pourquoi les rues ressemblent-elles à cela?" s'insurge Razika Fokus, une veuve qui élève cinq enfants.

"Je ne participerai pas à l'élection parce que je ne vois rien de tangible de la part du gouvernement", jure-t-elle, tout en se pressant d'aller jeter un sac d'ordures dans la rue. Selon un voisin, celles-ci s'amoncèlent dehors durant des mois sans être ramassées.

Le gouvernement à dominante chiite du Premier ministre Nouri al Maliki et ses "parrains" américains disent espérer que le scrutin du 7 mars consolidera la "jeune démocratie" irakienne et permettra d'intégrer les anciens miliciens et insurgés dans le processus de normalisation politique.

Les affrontements intercommunautaires déclenchés par l'invasion de 2003 se sont apaisés notablement depuis deux ans et les troupes américaines se préparent officiellement à entamer leur retrait d'Irak, mais les tensions entre sunnites et chiites ont été ravivées à l'approche des élections.

LA SÉCURITÉ A PRIMÉ SUR LES SERVICES

La minorité sunnite, qui prédominait sous l'ancien régime de Saddam Hussein et a largement boycotté les législatives de 2005, se juge frappée d'ostracisme par les initiatives du régime en place pour écarter du processus électoral les candidatures de centaines de personnalités accusées de liens avec l'ex-parti Baas.

A Sadr City, qui pullule de jeunes sans emploi, recrues idéales pour les bandes armées, milices et groupes d'insurgés, des enfants en haillons jouent dans une mare d'eau stagnante qui dégage des odeurs d'égouts et d'immondices.

Un affreux écheveau de câbles électriques traverse le bidonville reliant générateurs et foyers, pour compenser les défaillances chroniques du réseau de distribution national, incapable d'assurer une alimentation régulière.

"Je ne suis qu'un employé. Mais il faut en imputer la responsabilité de cette situation à la corruption, à la désorganisation et aux décisions hasardeuses qui prévalent au ministère de l'Electricité", confie un ingénieur qui préfère conserver l'anonymat.

Selon l'ONG Transparency International, l'Irak est l'un des pays les plus corrompus au monde.

Le député Djinane Abdoul-Djabbar, membre de la coalition "Etat de droit" de Maliki, conteste les accusations de mauvaise gestion formulées à l'encontre du gouvernement. Il fait valoir que la sécurité a promis sur la fourniture des services, et qu'elle s'est considérablement améliorée.

Mais, après trente ans de guerres et de sanctions internationales, les infrastructures de l'Irak sont en état de délabrement avancé et la reconstruction rapide du pays est devenue un défi prioritaire.

Ces derniers mois, quelques camions-poubelle ont fait leur apparition à Sadr City, où s'entassent trois millions d'habitants. Mais un policier local prévient que ces derniers ne doivent "pas se faire des illusions". C'est l'approche des élections qui les a fait venir.

Selon l'analyste universitaire Saad al Hadissi, nombre d'Irakiens voteront in fine selon leurs affinités religieuses, politiques ou tribales, et non en fonction des résultats du gouvernement, qui, pourtant, selon Djabbar, "a beaucoup fait".

Assil Kami, version française Marc Delteil

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