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Notules sur un concile (30) "Inter mirifica"

Parmi les choses étonnantes, merveilleuses, prodigieuses, extraordinaires… Ainsi commence le décret « sur les moyens de communication sociale » : « mirifica », c’est tout cela à la fois. Heureusement que les pères du concile ne connaissaient pas encore internet et le téléphone mobile (et tout ce qui s’en suit) car ils n’auraient pas eu de mots pour décrire ces super-mirifiques inventions qui, plus encore que celles qui existaient déjà, « touchent les facultés spirituelles de l’homme et offrent des possibilités élargies de communiquer très facilement des nouvelles de tout genre, des idées, des orientations ».

« Touchent les facultés spirituelles » ? Ce n’est pas forcément ce qui vient d’abord à l’esprit quand on pense aux médias…

Toutefois il ne faut pas forcer le trait. Si les médias sont techniquement mirifiques, et peuvent contribuer à la culture, voire à l’extension du royaume de Dieu, l’Eglise « sait aussi que les hommes peuvent les utiliser à l’encontre des desseins du Créateur et les tourner à leur propre perte. Son cœur maternel est angoissé à la vue des dommages que bien souvent leur mauvais usage a déjà causés à l’humanité ».

D’où ce décret, qui n’est à vrai dire qu’une leçon de morale sans grand relief, et qui, comme d’autres décrets de ce genre, restent dans les généralités, alors qu’il aurait été avantageux de donner aux chrétiens et à « toute l’humanité » des exemples de bon usage des médias. On pense ici au Saint-Siège, ou à saint Maximilien Kolbe, qui ont montré qu’on pouvait être à la pointe de la technique pour la tourner au service du Royaume.

Mais en revanche ce n’est pas parce que des médias ont une étiquette chrétienne qu’ils sont forcément bons. Or le décret affirme, sans autre précision : « Les fidèles doivent être avertis de la nécessité de lire et de diffuser la presse catholique pour se former un jugement chrétien sur tous les événements. » S’ils lisent assidûment La Croix, La Vie et Témoignage chrétien, ils sont au contraire assurés de ne pas se former un jugement chrétien sur tous les événements, et ils sont surtout assurés de ne plus suivre l’enseignement de l’Eglise…

In fine le décret évoque les décisions prises par le concile : chaque année sera organisée dans les diocèses une « journée » pendant laquelle on demandera aux fidèles de réfléchir à la question et de verser leur obole, laquelle sera « scrupuleusement employée à soutenir et à développer les œuvres suscitées par l’Église ». Je ne sais pas si cela a été mis en pratique. Je n’en ai jamais entendu parler. Mais si c’est pour soutenir La Croix il valait mieux que ça reste lettre morte…

Le décret rappelle que « le Souverain Pontife a à sa disposition une commission spéciale du Saint-Siège ». Avec ses deux petites lignes, c’est sans doute le paragraphe le plus bref du concile. Mais il y a une note. On remarque d’abord que c’est la seule note du décret, qui est totalement dépourvu de références, comme si le magistère de l’Eglise, notamment Pie XII, n’avait jamais évoqué ces questions (et c’est un vrai scandale). La note dit ceci : « Les Pères du Concile, faisant volontiers leur le vœu du Secrétariat pour la presse et les spectacles, demandent respectueusement au Souverain Pontife d’étendre l’autorité et la compétence de cette commission à tous les moyens de communication sociale, y compris la presse et d’y adjoindre des experts – parmi lesquels des laïcs – de divers pays. » Une demande assurément judicieuse, et à peine quatre mois plus tard Paul VI instaurait la Commission pontificale pour les communications sociales. Puis, en 1988, Jean-Paul II transformait la commission en Conseil pontifical, donc en dicastère à part entière, qui comprend un certain nombre de collaborateurs et de consulteurs laïcs.

Enfin le concile « décide et ordonne » qu’il y ait des « offices nationaux pour la presse, le cinéma, la radio et la télévision » dirigés par une commission épiscopale ou un évêque délégué. Il ne semble pas qu’un tel office existe en France. Il n’y a pas de commission épiscopale pour les médias dans la conférence des évêques de France, et le conseil pour la communication (un président et trois membres tous évêques) paraît être dédié à la communication de l’épiscopat. Quoi qu’il en soit on n’entend jamais la conférence épiscopale sur ces questions, et, finalement, quand on voit ce que sont capables de soutenir tel ou tel évêque, ça vaut mieux…

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