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Réflexions

  • Le temps et l’espace

    J’ai été trop elliptique l’autre jour sur le temps et l’espace. Je vais essayer d’expliquer ou plutôt de suggérer, avec les mots infirmes du langage rationnel, ce que je comprends dans la phrase de Gurnemanz à Parsifal : « Ici le temps devient espace. »

    Il me semble que c’est une expérience mystique banale, qui correspond aussi à une expérience simplement esthétique, et aussi aux expériences dites de mort imminente.

    Dans une extase, ou devant une œuvre d’art particulièrement prenante, le temps paraît s’arrêter, alors que s’ouvre un espace nouveau, vaste, lumineux, heureux. Le temps compté et mesquin du quotidien est comme aboli au profit d’un espace illimité de pleine liberté. Un espace « intérieur », certes, comme on peut l’expérimenter dans la prière, dans la liturgie, mais qui peut se révéler comme un espace très réel quoique non soumis aux lois de ce monde (le « troisième ciel », par exemple).

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  • La musique du Pater

    Pater imon o èn dis ouranis
            hayiasthito to onoma sou
            elthéto i vassilia sou
            yénithito to thélima sou
    os èn ourano kai épi tis yis

    ton arton imon ton épioussion
                 dhos imin siméron

    kai aphès imin ta ophilimata imon
                 os kai imis aphiémèn tis ophilétais imon
    kai mi issénènguis imas is pirasmon
    alla rhissai imas apo tou ponirou.

    Ci-dessus, le Pater, en grec, dans sa prononciation liturgique, en transcription phonétique (donc toutes les lettres se prononcent, et comme il n’y a pas de voyelles nasales « on » se prononce « o-ne », et « in » se prononce « i-ne »).

    « Notre Père, qui es dans les cieux (« le dans les cieux », dit le grec) / que soit sanctifié ton nom (« le nom de toi », dit le grec) / que vienne ton royaume / que soit faite ta volonté comme dans le ciel aussi sur la terre /Notre pain supersubstantiel (« le pain de nous le supersubstantiel ») donne-nous aujourd’hui / et remets-nous nos dettes comme aussi nous remettons les dettes à nos débiteurs / et ne nous introduis pas dans la tentation / mais délivre-nous du mal. »

    Le Pater est composé de sept demandes. Trois concernent Dieu, quatre concernent l’homme, conformément au symbolisme des nombres : trois, c’est la Trinité, quatre c’est l’homme aux quatre membres qui vit dans un monde qui a quatre points cardinaux et quatre saisons. Et sept est donc le nombre total (créateur et création).

    Mais on constate aussi que si les trois premières demandes sont très liées, les trois dernières demandes le sont également : on demande à être libéré du péché et de la tentation. Alors nous avons trois demandes vers Dieu et trois demandes pour l’homme, avec au milieu une demande centrale : celle du pain de chaque jour, et du pain supersubstantiel : la nourriture corporelle nécessaire à notre vie biologique, et la nourriture divine nécessaire à notre vie spirituelle. Le pain de la vie éternelle : le Christ, qui est au centre du Pater, pain descendu du ciel, qui est à la fois Dieu (les trois premières demandes) et homme – ayant revêtu la chair du péché (les trois dernières).

    La « musique » du Pater en grec souligne tout cela.

    Les trois premières demandes sont caractérisées par leur finale en « a-sou », et elles sont encadrées par deux propositions se terminant par « is (…) is ». (Ce qui répond à la question de savoir si « sur la terre comme au ciel » concerne la troisième demande, ou les trois : on voit clairement que ce sont les trois.)

    Il y a ensuite la demande centrale du Pain, qui est une suite d’assonances en « on ». Elle a été discrètement annoncée par le Père dès le début de la prière, et elle va se retrouver en écho dans les deux demandes suivantes, car nous avons besoin de ce Pain pour pardonner et pour résister à la tentation. Les trois dernières demandes sont étroitement liées à la quatrième par le jeu des « imon, imin, imas ». Mais la dernière demande finit dans une sonorité étrangère au reste de la prière, qui donne l’impression de tomber à plat, sur un « ponirou » déconcertant : c’est le monde où nous vivons, le monde du mal, le monde de la dissonance, par contraste avec le monde divin des premières demandes, auquel renvoie néanmoins, faiblement, le son « ou ».

    On dit que pour mieux comprendre le Pater on peut le lire et le méditer en commençant par la fin. C’est-à-dire par le pire de la condition humaine, pour arriver au Père. Les sonorités du Pater en grec soulignent aussi cette lecture : nous sommes dans le mal, la tentation, le péché, pour en sortir nous devons prendre le Pain, et par le Pain (le Christ) nous avons accès au Royaume. Et le « ou » mourant de « ponirou » est absorbé par le ferme triple « sou » de l’appartenance au Père. Lu ainsi, le Pater précise que nous devons pardonner à nos frères avant de participer au Saint Sacrifice, comme Jésus l’enseigne dans l’Evangile. S’étant incorporé au Christ, on peut alors dépasser « le ciel et la terre », la création sur laquelle on demandait que règne le Père, pour atteindre « les cieux » incréés qui sont le trône de la Trinité.

  • Liturgie républicaine

    C’était déjà le cas à chaque catastrophe naturelle ou important accident faisant des victimes, c’est devenu obsédant - et impressionnant - depuis les premiers attentats musulmans : les autorités convient à des cérémonies qui ont pris des allures de rites liturgiques. La population y est tellement sensible qu’elle anticipe les cérémonies républicaines par ses propres rites, dépôt de fleurs et de cierges, copié des rites catholiques vidés de leur signification. Les autorités républicaines contreviennent allègrement à la loi de 1905 en organisant leurs cérémonies religieuses dans la rue, qui chaque fois est coupée à la circulation parce que le président, des ministres, d’autres élus, sont au milieu, droits comme des piquets, l’air sombre, devant une plaque.

    Cette semaine, qui fut celle de la Vigile de l’Epiphanie, de l’Epiphanie et de l’octave de l’Epiphanie, a été particulièrement riche en liturgies républicaines de rue. Et le sommet ce sera demain, place de la… République, de la Très Sainte République, à l’heure de la grand messe (11h), avec dévoilement de plaque par les grands prêtres Hollande et Hidalgo, antienne du jour par le chantre Johnny Hallyday, deuxième antienne par le Chœur de l’Armée française, épître de Victor Hugo, troisième antienne (Le temps des cerises !) par le Chœur de l’Armée française, offrande de fleurs, temps de méditation silencieuse, chant de sortie (Marseillaise) par le Chœur de l’Armée française.

    Aux vêpres (17h30), illumination (« Joyeuse lumière », chantent les vêpres byzantines) du saint Chêne (de 12 mètres planté le jour de l’Epiphanie), de la statue de la Très Sainte République et de la fresque « Fluctuat nec mergitur » (mais oui il y a même du latin !). On précise que les fidèles sont invités à amener (sic) une bougie pour les illuminations.

    Difficile de singer davantage le culte catholique.

    D’où il ressort qu’il est impossible de se passer de rites. Les laïcistes avaient cru supprimer (presque) tout ce qui y ressemble dans la République. Mais on voit le grand retour en force d’un rituel républicain, comme pendant la Révolution française, selon une religiosité de substitution qui n’a jamais disparu, comme on le voyait chez Jaurès, et comme on le voit chez Peillon.

    On constate ici à quel point la Sainte Ecriture avait raison quand dans l’Ancien Testament les prophètes qualifient sans cesse les idoles des nations de « néants » et leurs fidèles d’adorateurs du vide.

  • Communion

    Dieu est comme un grand, un très grand oiseau. Un jour il m’a vu englué dans la boue, il est descendu, m’a pris du bout de son bec, m’a secoué, et m’a emmené. Et je volais ainsi dans l’air pur, au-dessus des miasmes du monde, dans une lumière de joie et de douce chaleur… J’avançais dans le ciel, sans contrainte, sans entrave… J’étais tellement heureux, et tellement fier… et tellement idiot que je croyais faire cela de moi-même. Voler de mes propres ailes. J’avais oublié que j’étais seulement au bout du bec du grand oiseau… Alors, pour me rappeler à la réalité, le grand oiseau m’a lâché, et je suis retombé dans la boue. Comme je tombai de haut, j’étais encore plus englué qu’avant. Mais le grand oiseau est revenu. Il m’a repris du bout de son bec. Il m’a secoué un peu plus fort que la première fois, et il m’a emmené de nouveau. Et de nouveau c’était le bonheur de la pleine lumière, la joie de l’air pur, la fierté de planer en toute liberté et d’être au-dessus… au-dessus… et le grand oiseau m’a lâché de nouveau, et je suis retombé dans la boue. Puis il est revenu. Et tout cela a recommencé, encore, et encore.

    Et puis j’ai pris conscience de ce qui était pourtant évident dès le début : cet oiseau est un oiseau de proie. Alors, un jour que j’étais au bout de son bec, je lui ai demandé de me manger. Et il m’a gobé, d’un seul coup.

    Et, depuis, je vois par ses yeux, je vole par ses ailes. Puisque je suis en lui. Puisque je suis lui par digestion, par assimilation, par incorporation. Et nous sommes des myriades, et nous sommes un en lui, un peu comme lui est un en trois personnes.

  • A l’attention…

    … de ceux qui (comme moi) pensent que l’être humain a une constitution tripartite (corps, âme, esprit), cet extrait de la catéchèse de Benoît XVI, mercredi :

    Notre union au Christ se réalise par cette présence de l’Esprit Saint, puisqu’il s’agit de l’Esprit du Fils de Dieu, en qui nous sommes devenus fils. Saint Paul parle de l’Esprit du Christ (cf. Rm 8, 9), pas seulement de l’Esprit de Dieu. C’est évident : si le Christ est le Fils de Dieu, son Esprit est aussi l’Esprit de Dieu ; ainsi, si l’Esprit de Dieu, l’Esprit du Christ, s’est fait proche de nous par le passé dans le Fils de Dieu et Fils de l’homme, l’Esprit de Dieu devient aussi un esprit humain et nous touche ; nous pouvons entrer dans la communion de l’Esprit.

    C’est parce que « l’Esprit de Dieu devient aussi un esprit humain et nous touche », touche notre esprit humain, que, par cet esprit, nous pouvons être fils de Dieu. Le contact, l’adoption, se fait d’esprit à esprit, au-dessus de l’âme qui est liée à la « chair » (la « chair » étant le corps « animé »).

     

  • « Plaidoyer pour la vie contre la décroissance »

    Je pensais attendre que le texte soit intégralement publié pour le signaler, mais il est trop important pour que je ne renvoie pas tout de suite à ce que l'on peut en lire.

    Il s'agit d'une conférence d'Antonio Gaspari, traduite par Benoît et moi. Il y a là une façon de remettre les choses à l'endroit, d'un point de vue profondément catholique, qui force l'admiration.

    Je renvoie à la troisième partie de la conférence, où l'on trouvera les liens vers les deux premières parties, et vers la présentation (qui sont à lire d'abord, évidemment).

  • « Blogueur conservateur » ?

    Voilà que, à mon grand étonnement, j’ai été cité sur le site de France 24. C’était vendredi dernier, dans la rubrique France, dans un article signé Thomas Hubert sur l’affaire du SMS de Sarkozy à Cécilia. Et ce n’était pas pour dénoncer les immondes propos d’un horrible fasciste, mais pour éclairer la question...

    Afin de me citer comme quelqu’un de fréquentable, l’auteur de l’article parle du « blogueur conservateur Yves Daoudal ».

    C’est bien la première fois qu’on me traite de conservateur.

    Je comprends bien que Thomas Hubert devait trouver un qualificatif qui donne une indication de mon orientation, et qu’il ne pouvait pas me définir comme « lepéniste » ou quelque chose dans le genre sans encourir l’immédiate accusation de faire le jeu  de l’extrême droite...

    Mais c’est l’occasion de signaler que j’ai une véritable allergie à ce mot de « conservateur ». C’est au point que je ne vais que très rarement sur le blog intitulé « un blog conservateur parmi tant d’autres », malgré ses évidentes qualités. Uniquement à cause du nom.

    C’est que je ne me sens pas du tout conservateur. Pour une raison précise, c’est que je ne vois pas du tout ce qu’il y aurait à conserver, en France, tant sur le plan politique que sur le plan religieux. Tout est à refaire.

    Je ne veux conserver ni notre classe politique, ni nos évêques. Ni l’idéologie qui nous gouverne, ni la liturgie de nos églises.

    Pour aller d’emblée au fond des choses, le mot conservateur est l’antithèse du Saint Esprit. Le Saint Esprit souffle où il veut, il est jaillissement de vie. On ne conserve pas cette vie, on la reçoit à chaque instant, toujours nouvelle. On ne conserve pas les sacrements. On les confère. Chaque messe est une nouvelle actualisation de la Rédemption. L ’Eglise ne met rien en conserve (la sainte réserve n’est pas une conserve). Elle nous relie à l’éternité, et chacun de ces liens est toujours nouveau, parce que lorsque l’éternité touche le temps de la terre elle apparaît forcément et toujours comme absolument nouvelle.

    Je pourrais dire en forme de boutade que je préfère les produits frais. Ce n’est pas tout à fait une boutade.

  • Dans "Le sel de la terre"

    Quelqu’un m’a prêté le numéro 61 (été 2007) de la revue Le sel de la terre, parce que j’y étais « mis en cause ».

    Cela ne mériterait certainement pas le moindre commentaire, ni à plus forte raison la moindre réplique, si cette attaque ne révélait qui sont ces gens-là (cela dit pour ceux qui auraient encore besoin d’une telle révélation).

    Je cite :

    « Dès 2002, une offensive concertée avait été menée en ce sens par l’abbé Xavier Garban, de la Fraternité Saint-Pierre (dans le numéro 81 du bulletin Tu es Petrus), Hervé Kerbouc’h, plus connu sous le nom d’Yves Daoudal (dans le premier numéro de la revue Képhas) et Robert Chermignac (dans le numéro 124 du magazine La Nef. Tous les trois s’employaient à justifier la réunion interreligieuse d’Assise, en développant des arguments curieusement semblables. »

    Hervé Kerbouc’h, plus connu sous le nom d’Yves Daoudal. Damned, me voilà démasqué. Les fins limiers du Sel de la terre ont trouvé mon vrai nom. C’est un exploit : il suffit de taper Yves Daoudal sur Google… et il se trouvait dans tous les numéros de La Pensée Catholique quand j’en étais le rédacteur en chef. J’ai déjà vu une telle « dénonciation » de mon « vrai nom » dans des écrits d’extrême gauche. Je ne sais toujours pas à quoi ça sert. J’aimerais seulement qu’on fasse au moins l’effort d’écrire correctement mon nom. C’est Kerbourc’h. (Quant à Daoudal, c’était le nom de jeune fille de ma grand-mère paternelle, qui était très fière que j’honore ainsi son père, et si j’avais pris un pseudonyme c’était pour ne pas gêner mon oncle qui était journaliste à la radio : voilà ce qui se cache sous ce très suspect usage d’un pseudonyme…)

    Une offensive concertée. Mais je ne connais pas du tout l’abbé Xavier Garban, ni de Robert Chermignac (il ne m’étonnerait pas que ce dernier nom soit aussi un pseudonyme, resté impénétrable aux limiers du Sel de la terre…).

    Dès 2002… justifier la réunion d’Assise. J’ai justifié la réunion d’Assise dès… la réunion d’Assise, en 1986.

    L’occasion de l’attaque est ce que j’ai écrit à propos de la visite de Benoît XVI à la mosquée bleue. Je fais partie de ceux pour qui, « même s’ils ne le disent pas explicitement, le pape n’est pas seulement infaillible en certaines circonstances : il l’est toujours et partout. Il n’est d’ailleurs pas seulement infaillible, il est impeccable. Le critiquer c’est pécher. Le justifier – quoi qu’il ait pu faire - c’est être un bon catholique ». Il se trouve que j’ai écrit explicitement le contraire.

    Tout est du même acabit. Ceux qui défendent Assise ou la visite à la mosquée accusent ceux qui contestent ces événements d’être de « mauvaise foi.

    Eh bien je n’ai jamais fait cela, parce que ce n'est pas à ce niveau-là que se situe le débat.

    Chez ceux-là, « le sentiment prend le dessus sur la réalité »… « Installés dans le sentimentalisme, les “ralliés“ en arrivent à tout juger de ce point de vue ».

    Ah oui. Juste avant de mourir, l’abbé Luc Lefèvre avait écrit un article capital intitulé La théologie d’Assise. Il avait déjà écrit un article théologique sur la réunion d’Assise, et il projetait d’en écrire un troisième. Il s’agissait de théologie, il ne s’agissait pas de sentiments. Et si l’abbé Garban, Chermignac et moi-même sommes arrivés, sans nous connaître, aux mêmes conclusions, ce n'est pas par un commun sentimentalisme, c'est au terme d’une réflexion qui aboutissait à des conclusions voisines.

    Il est évidemment inutile d’en discuter plus avant, quand on lit dans cet article du Sel de la terre (c’est l’argument unique qui est donné contre la réunion d’Assise et la visite à la mosquée) que « depuis maintenant 40 ans le Vatican, par son enseignement et sa pratique, incite à croire que toutes les religions seraient « plus ou moins bonnes et valables » et « plus ou moins agréables » à Dieu ». On appréciera les guillemets : ce sont des citations. De quels textes ? On serait bien en peine de les trouver. On ne voit pas très bien l’illustration de cela dans l’Angelus du pape, ce midi, par exemple…

    Certes, ce n’est pas là du sentimentalisme. C’est un mensonge. Gravissime. Sans parler du niveau « théologique » d’un tel discours... Mais puisqu’on avait commencé par un jugement téméraire, un procès d’intention et une ridicule « dénonciation », on serait bien naïf de s’en étonner.

  • Ils ne connaissent pas le latin…

    Le motu proprio sur la messe m’a fait découvrir une réalité hallucinante, incroyable. Je me demandais pourquoi on faisait tant de cas de la « formation » nécessaire des prêtres pour célébrer la messe de saint Pie V. Je ne voyais pas en quoi il y avait besoin d’une « formation » apparemment longue et complexe. Or c’est, paraît-il (je n’arrive pas à le croire), parce que les prêtres ne connaissent pas le latin.

    On m’avait déjà dit quelque chose comme cela. Je pensais que c’était une exagération, que cela voulait dire : « Il y a aujourd’hui des prêtres qui ne connaissent pas le latin. » Ce qui ne me surprenait pas, évidemment. Dans toute société il y a des infirmes et des déviants. Il y a toujours eu des prêtres indignes, il est logique qu’il y ait aujourd’hui des prêtres qui ne connaissent pas le latin.

    Mais ce que l’on me dit, et cela vient de personnes dignes de foi, c’est que LES prêtres, en France, ne connaissent pas le latin.

    C’est ahurissant. C’est autrement plus grave que le protocole de Londres. C’est comme si les Français ne connaissaient pas la langue française.

    Car enfin, le latin est la langue officielle de l’Eglise latine. Le texte officiel de la Sainte Ecriture est en latin. Le texte officiel de la messe est en latin. Le texte officiel de l’office divin est en latin, et le Concile Vatican II stipule que « les clercs doivent garder la langue latine » dans l’office divin. Et si le Concile a permis de donner « la place qui convient à la langue du pays dans les messes célébrées avec le concours de peuple », il souligne que « l’usage de la langue latine sera conservé dans les rites latins », que les fidèles, et non seulement les prêtres, doivent pouvoir dire ou chanter en latin certaines parties de la messe, et que le chant grégorien, qui est en latin, est « le chant propre de la liturgie romaine » et doit « occuper la première place »…

    A force de renier ce que le Concile a édicté (le concile dont ils prétendent se réclamer), ils en sont donc venus à ne plus connaître du tout le latin. Ils sont devenus étrangers à la langue de leur Eglise. Et ils ne peuvent donc pas non plus lire saint Augustin ou saint Thomas d’Aquin dans le texte. Ils sont prêtres, et ils n’ont pas la curiosité de savoir ce que disent dans la langue de leur Eglise les pères de leur Eglise. Sans parler des trésors de la poésie latine catholique, etc.

    Les prêtres melkites que je connais, qui sont arabophones (et qui parlent aussi le français, l’anglais…) connaissent parfaitement le grec ancien, et ont de solides notions de latin.

    Vraiment, je n’arrive pas à comprendre comment on peut être prêtre de l’Eglise latine et renier la tradition de cette Eglise au point de ne pas en connaître la langue.

    Mais puisqu’il en est ainsi, je suis bien obligé d’en prendre acte… et de prier pour qu’une telle incongruité, une telle impiété, prenne fin aussi tôt que possible.

  • La « fable » de la transmission du savoir antique par les Arabes

    Il y a ceux qui par islamophilie prétendent que tout le savoir antique nous a été apporté par les Arabes. Et il y a ceux qui par islamophobie (et « défense de l’Occident ») prétendent que rien ne nous a été apporté par les Arabes. L’une et l’autre attitudes sont contreproductives pour ceux qui les défendent. On promeut très mal ses idées en tordant la vérité. Il faudrait prendre exemple sur Bernard Antony, capable de polémiques très dures, et qui dans son Histoire des Juifs donne une saisissante illustration de ce qu’est un jugement pondéré respectueux des faits, de tous les faits.

    Non, la « transmission arabe du savoir antique » n’est pas purement et simplement une « fable ».

    Une preuve irréfutable est l’expression « chiffres arabes ». Chacun sait qu’il s’agit des chiffres persans. Mais ils ont été adoptés par le califat de Bagdad et se sont donc imposés dans tout le monde arabe, jusqu’au califat de Cordoue. Et c’est par Cordoue qu’ils sont arrivés en Europe chrétienne où on les a tout naturellement appelés « chiffres arabes ».

    Certains disent que c’est Gerbert d’Aurillac, l’un des hommes les plus savants de son temps, et qui allait devenir pape (Silvestre II), qui a introduit les chiffres arabes dans l’Europe chrétienne.

    Quoi qu’il en soit, Gerbert d’Aurillac, qui aurait pu aller étudier à Byzance (et il sera l’ami de l’empereur Othon II, marié à une princesse byzantine), est allé étudier à Cordoue, parce que c’est à la cour du calife de Cordoue qu’il y avait les plus grands savants et les plus grandes bibliothèques.

    Saint Thomas d’Aquin a connu Aristote par Averroès, qu’il appelle « le commentateur ». Le vrai nom d’Averroès, qui vivait en Espagne, est Abou al-Walid Mohammad ibn Ahmad ibn Mohammad ibn Rouchd. Il commentait Aristote (et Platon) d’après des traductions arabes qui avaient été réalisées à Bagdad et à Damas (souvent par des chrétiens de la cour des califes).

    Il y a donc eu une « transmission arabe du savoir antique » de Bagdad et Damas à Cordoue en passant par l’Egypte. On ne doit certes pas l’exagérer, mais on ne peut la nier.

    Addendum. Une autre preuve irréfutable de "transmission du savoir antique par les Arabes" est le mot algèbre, qui était un mot (al jabr) du titre d’un livre du mathématicien al Khouwarizmi, dont le nom lui-même a donné algorithme. Le mot chiffre est aussi un mot arabe. Quelques autres mots empruntés à l’arabe, indiquant un savoir ou un savoir faire : alambic, alcali, alcool, almanach, amalgame, antimoine, azimut, borax, camphre, coton, écarlate, élixir, goudron, laiton, magasin, maroquin, mousseline, nacre, nadir, nuque, rame (de papier), saphènes (veines superficielles de la jambe, vient d’Avicenne), satin, sirop, soude, sucre, talc, tarif, tasse, timbale, zénith, zéro.