28 juillet 2008

Un très joli sondage irlandais : le non à 62% !

Un sondage réalisé par l’institut irlandais Red C pour Open Europe, rendu public hier, confirme ce que je subodorais : il est révolu, le temps où l’on pouvait faire revoter les Irlandais jusqu’à ce qu’ils disent oui.

Pour goûter tout le suc de ce sondage, il convient d’avoir en tête deux faits :
Le premier est qu’il a été réalisé entre le 21 et le 23 juillet, juste après la visite de Nicolas Sarkozy à Dublin et les deux jours suivants.

Le second est que Red C est l’institut qui, à la veille du référendum, contrairement à son concurrent, donnait encore le oui gagnant, tout en constatant la forte progression du non.

Or voici les enseignements du nouveau sondage :

71% des personnes interrogées ne veulent pas d’un nouveau référendum sur l’ex-traité de Lisbonne, contre 24% qui y sont favorables. Précisons que la question exacte était : « Le gouvernement irlandais devrait-il faire comme le président français a dit, selon ce qui a été rapporté, et organiser un second référendum sur le traité de Lisbonne ? ».

En cas de nouveau référendum, 52% voteraient non, 32% voteraient oui. Compte non tenu des sans opinion, le résultat est 62% de non et 38% de oui.

17% des personnes ayant voté oui en juin seraient désormais prêtes à dire non, contre 6% de celles ayant voté non qui seraient maintenant décidées à approuver le traité.

Parmi les personnes s'étant abstenues en juin, 57% disent être prêtes à voter non, contre seulement 28% oui.

67% approuvent le jugement selon lequel « les hommes politiques européens ne respectent pas le non irlandais », et 61% sont en désaccord avec l'idée que « si les 26 autres membres de l'UE ratifient le traité l'Irlande doit changer d'avis et le soutenir ».

Craig rapporte que le ministre irlandais des Affaires étrangères Micheál Martin a dénoncé ce sondage comme « une ingérence étrangère dans notre débat national » (sic), parce qu’il a été commandé par une organisation britannique. Et le ministre a ajouté qu’il ne croit pas que l’Irlande ait quoi que ce soit à apprendre d’une « organisation anti-européenne » comme Open Europe.

Or le sondage a été réalisé par un institut irlandais, et Open Europe est un lobby d’hommes d’affaires et d’entrepreneurs certes eurosceptique mais certainement pas anti-européen.

On voit que le gouvernement irlandais accuse (mal) le coup.

Et l’on dira une fois de plus, et très sincèrement, merci à Nicolas Sarkozy…

25 juillet 2008

Lisbonne : Klaus et Kaczynski réitèrent leurs positions

Le président tchèque Vaclav Klaus a reçu hier le président polonais Lech Kaczynski au château de Lany, près de Prague. Une (étrange) rumeur courait selon laquelle le président polonais avait l’intention de convaincre son homologue tchèque de se montrer plus conciliant sur l’ex-traité de Lisbonne.

« Nous n'avons pas tenté de nous persuader l'un l'autre. Nous avons nos claires opinions que l'on ne peut pas changer », a répondu Vaclav Klaus.

« Je considère le traité de Lisbonne comme une erreur, une chose mauvaise pour l'Europe », a-t-il répété. « En ce qui concerne la ratification, je pense qu'aucun de nous n'est obligé d'agir maintenant de manière radicale. A mon avis, sans un changement du résultat irlandais, cela n’a aucun sens de continuer à en parler. »

Et il a pris l’exemple du football pour faire comprendre qu’on ne doit pas changer les règles : « Nous avons tous pleuré quand nous avons perdu au cours des deux dernières minutes notre match contre la Turquie au championnat d'Europe de football, mais nul n'a imaginé que deux heures plus tard un jury pourrait décider que c'était mal joué et que c’est un autre résultat qui serait valable. Et je pense que si ces règles sont valables dans le football elles le sont aussi bien dans les traités internationaux. »

Selon le dernier sondage en date (11 juillet), 53% des Tchèques se déclarent contre le traité de Lisbonne, 43% pour. La situation s’est exactement inversée depuis le sondage du mois d’avril (53% pour, 47% contre).

Lech Kaczynski a déclaré pour sa part : «  Moi, j'ai confirmé ma position que ce traité n'existe pas sans l'Irlande. La clef est dans le changement de la position irlandaise. Il n’y a pas de traité sans l’Irlande, mais la Pologne ne fera pas obstacle à la ratification. »

La position polonaise est en fait que le président ne signera l’acte de ratification que lorsqu’il se sera clair que le traité pourra entrer en application. C’est ce qu’expliquait fin juin le représentant permanent de la Pologne auprès de l’Union européenne, Jan Tombinski, au site Euroactiv :

« Actuellement nous ne savons pas si le traité entrera en application. Par conséquent nous devons considérer avec nos partenaires quelle est la véritable situation. Ce n’est pas que l’UE attendrait la Pologne pour achever la ratification. Il y a des pays qui n’ont pas encore fait passer le traité par la procédure parlementaire. Pour engager l’autorité du Président, nous avons besoin de savoir si le traité entrera en application ou non. (…) Nous attendons les six pays qui n’ont pas encore engagé la procédure de ratification, après nous verrons… »

22 juillet 2008

Sarkozy ose tout…

Le propos de Nicolas Sarkozy, hier, en Irlande, lors de sa conférence de presse commune avec Brian Cowen, est à savourer longuement. C’est un chef-d’œuvre de langue de bois et d’hypocrisie :

« Je n'ai jamais dit que l'Irlande devait convoquer un nouveau référendum, j'ai dit qu'à un moment ou à un autre il fallait bien que les Irlandais donnent leur avis. Je n'ai pas parlé de référendum, je n'ai pas décrit la question, je ne me suis pas immiscé dans le débat politique irlandais. Personne ne peut être en colère quand on dit à un peuple : “un jour ou l'autre, sur une question à déterminer, selon un calendrier à négocier, on vous demandera votre avis.” En démocratie c'est le moins qu'on puisse faire. »

La presse ne retient que le démenti du début, alors que le reste dément le démenti : si l’on affirme que l’on va demander l’avis du peuple « un jour ou l’autre », c’est bien qu’on veut organiser un nouveau référendum. La précision : « En démocratie c'est le moins qu'on puisse faire », est délicieuse…

La suite ne manque pas de sel non plus :

« Nous n'avons pas la solution miracle et surtout nous ne voulons pas l'imposer. Nous voulons que le peuple irlandais se sente respecté dans son choix mais nous devons également tenir compte du fait qu'avec l'Italie bientôt, c'est 24 pays qui auront ratifié le traité de Lisbonne. Je me battrai pour que nous avancions à 27 sans laisser personne de côté pour trouver une solution à 27 ensemble. »

En bref, quand les 26 auront ratifié, l’Irlande sera bien obligée de le faire aussi. Par un nouveau référendum, puisque la Constitution de ce pays l’exige.

Le propos du 15 juillet, tenu devant les députés UMP et rapporté par certains d’entre eux, a fait sensation parce que c’était la première fois que Nicolas Sarkozy évoquait ouvertement un nouveau référendum. Mais chacun savait qu’il s’agit là de la position française, pensée si fort que tout le monde l’a entendue depuis le référendum. Du reste Jean-Pierre Jouyet l’avait explicitement exprimée.

« Traité de Lisbonne: «pas d'autre solution» qu'un nouveau vote des Irlandais », titrait 20 minutes le 14 juin, et expliquait :

« La France, qui s'apprête à prendre la présidence de l'Europe, cherche une issue pour que «l'incident irlandais ne devienne pas une crise», selon l'expression de Nicolas Sarkozy. Sans surprise, Paris penche pour un nouveau référendum. Il n'y a «pas d'autre solution» pour sauver le traité européen de Lisbonne qu'un nouveau vote des Irlandais, a déclaré le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet. »

Et le 19, Le Figaro titrait carrément :

« Minitraité : Sarkozy veut faire revoter l'Irlande »

C’est la seule solution que connaissent les « démocrates » européens. Et les experts sont déjà en train de rédiger la déclaration qui sera annexée au traité pour arracher le oui irlandais : elle reprendra les pseudo garanties déjà données après Maastricht que l’UE n’interviendra pas sur l’avortement, après Nice que la neutralité irlandaise est intouchable, et l’on ajoutera que la fiscalité sera toujours régie par la règle de l’unanimité. Et l’on ira même jusqu’à modifier le traité pour que chaque pays conserve un commissaire.

Mais la campagne du non, cette année, a montré que les Irlandais risquent fort de ne pas se laisser avoir une nouvelle fois par de telles misérables astuces…

21 juillet 2008

Sarkozy et l’Irlande

Le 15 juillet, devant les députés UMP, Nicolas Sarkozy a déclaré que « les Irlandais devront revoter » sur le traité de Lisbonne, et qu'il mettrait son « veto à tout élargissement (de l'UE) tant qu'il n'y aura pas de nouvelles institutions ».

C’est une excellente déclaration, comme on le voit par les réactions qu’elle a suscitée en Irlande. Toute la classe politique, europhiles comme eurosceptiques, gouvernement comme opposition, a manifesté sa colère contre cette humiliante grossièreté du Président français, qui avait affirmé qu’il allait en Irlande (ce lundi) pour « écouter » ce que les Irlandais ont à dire.

Il va de soi que la seconde partie de la déclaration est également une grossièreté, cette fois à l’adresse de la Croatie, et qu’elle a été reçue comme il se doit à Zagreb, mais aussi dans les capitales les plus désireuses de voir la Croatie intégrer rapidement l’Union européenne, à commencer par… Prague.

Elle est d’autant plus immonde que Sarkozy continue de laisser progresser les négociations d’adhésion de la Turquie…

05 juillet 2008

Dernières nouvelles tchèques

Les Tchèques ont très mal pris (tant mieux) les propos de Nicolas Sarkozy et de Bernard Kouchner sur la République tchèque qui risquait de bloquer l’élargissement de l’UE si elle ne ratifie pas l’ex-traité de Lisbonne.

Le 1er juillet, la presse de Prague titrait : « Paris donne un soufflet à la Tchéquie », « Sarkozy a repris l’Union européenne en adressant un message à Prague ». « Les Français veulent faire une plus grande pression sur les Tchèques »…

Jeudi, le président Vaclav Klaus a donné une nouvelle interview au quotidien Lidove Noviny. Il refuse de répondre à la question « spéculative » de savoir s'il signera le traité une fois ratifié par le Parlement. Mais il salue une nouvelle fois la décision de son homologue polonais Lech Kaczynski de ne pas signer l’ex-traité.

Et il ajoute :

« J'espère que l'adoption du traité de Lisbonne sera bloquée soit par la Cour constitutionnelle soit par le Sénat. »

Il dit aussi :

« Je m’attends à une grande pression “à la française” sur l’édification de l’Union européenne. Notre regard est forcément différent et pour cette raison nous devons tout faire pour que l’évolution au sein de l’UE ne suive pas la direction imposée par la France… L’évolution en Europe ne doit pas suivre le diktat d’une seule opinion et ne doit en aucun cas être accompagnée de menaces. »

Merci Sarkozy. Sincèrement.

Enfin, et cela est encore plus important, Vaclav Klaus considère qu’un éventuel refus du traité aurait un effet positif sur la future présidence tchèque, car « celui-ci affaiblit le rôle du pays président »…

03 juillet 2008

Kaczynski et le traité : des précisions

L’AFP s’est entretenue avec le président polonais Lech Kaczynski, qui précise sa position :

« Si l'Irlande prend une autre décision, non pas sous pression, (...) mais de la même manière que celle qui a été prise, la Pologne ne posera pas d'obstacle. Moi-même, je ne poserai pas d'obstacle puisque le Parlement polonais a déjà approuvé le traité. »

Il ajoute :

« Faire pression aboutit parfois à un effet contraire à celui qui était escompté… » « Ma motivation c'est de ne pas violer le principe de l'unanimité. Si maintenant un pays se trouve sous la contrainte, ce principe n'existe plus. »

Sur le fond, vu le traitement infligé à l’Irlande :

« Même si je heurte de front les autres pays de l'UE, il faut répondre à la question de savoir, que doit être l'UE dans l'avenir ? Une Union dominée par les plus grands où les moins grands ne jouent qu'un rôle complémentaire, ou bien une Union démocratique de 27 pays et davantage dans l'avenir ? »

Et Lech Kaczynski rappelle qu’il y a une autre condition pour sa signature. Il l’avait déjà énoncée, puis on l’avait oubliée, mais elle est toujours là : que les décisions touchant à l'UE soient prises avec le triple accord du gouvernement, du parlement et du président, afin que le président ait autant de pouvoir que les deux autres institutions sur les questions européennes. « Je pourrai signer le traité quand nous aurons une législation appropriée », dit-il.

Et il souligne qu'il aurait fait valoir cette condition même si les Irlandais avaient dit oui.

02 juillet 2008

Les temps changent…

Le commissaire européen Peter Mandelson n’avait pas répondu, ni fait répondre, aux précédentes attaques de Nicolas Sarkozy, concernant les négociations de l’OMC, ou le référendum irlandais (quand il a accusé le commissaire d’avoir une part de responsabilité dans le non). Après les nouvelles attaques de lundi soir sur France 3 (reprenant textuellement ce que Sarkzoy avait déjà dit sur le sujet : « Je ne laisserai pas faire », etc.), le porte-parole de Mandelson a réagi, et Mandelson lui-même s’est exprimé, se disant « déçu » par ces attaques « fausses et injustifiées ». Et il n’est pas allé hier soir au dîner de l’Elysée, prétextant qu’il devait être aujourd’hui à Marseille, mais laissant ses proches dire qu’il n’était pas mécontent d’avoir un prétexte pour être absent de ce dîner. La réponse de Sarkozy est pitoyable : « Il doit certainement être ravi de la publicité que je n'hésite pas à lui faire quand je suis en désaccord avec lui. »

Ainsi le premier jour de la présidence française de l’UE a-t-elle été marquée par le Non du président Kaczynski et une polémique majeure entre le commissaire au Commerce et le président du conseil européen.
Cela est excellent.

Les Français voient qu’on leur a menti sur les 19 pays qui ont ratifié le traité de Lisbonne. La veille, ils avaient appris que l’Allemagne non plus ne l’avait pas ratifié. Et les propos de Lech Kaczynski, après ceux de Vaclav Klaus, installent peu à peu l’évidence que le traité est caduc.

D’autre part, on se garde bien de dire aux Français que les gouvernements n’ont aucune prise sur les négociations de l’OMC, qui sont du ressort exclusif de la Commission européenne. Tant Sarkozy que le Premier ministre irlandais tentent de faire croire qu’ils peuvent opposer leur veto (« Je ne laisserai pas faire », martèle notre président). Mais les Français commencent à comprendre que c’est faux, quand ils voient le porte-parole de Mandelson parler comme ayant une autorité supranationale, et qu’ils constatent que le commissaire européen renvoie Sarkozy dans les cordes, montrant qu’il ne discute pas avec le président français, fût-il président du conseil européen, mais avec Pascal Lamy, directeur de l’OMC et…ancien commissaire européen.

La prestation télévisée de Sarkozy a été remarquable. Il a voulu montrer que l’Union européenne allait pouvoir apporter aux Européens, et spécialement aux Français, des avantages concrets. Or, sur chaque sujet, comme l’a souligné Jean-Marie Le Pen, il montrait en réalité qu’il n’arriverait à rien puisqu’il fallait d’abord convaincre ses partenaires, et que sur tous les sujets évoqués les partenaires n’étaient pas d’accord. Ce que le correspondant à Bruxelles de The Economist dit en termes ironiques (cités par Henri Védas) : « La plupart des propositions que M. Sarkozy a faites lors de l'interview ont à peu près autant de chances d'être satisfaites par ses pairs européens et la Commission européenne à Bruxelles qu'en aurait un convive demandant un verre de lait lors d'un dîner français. » Et cela va se voir très vite.

Jean-Marie Le Pen disait hier que les contorsions de Nicolas Sarkozy ne changeront rien au fait que le traité est caduc.
On n’a pas fini de voir les contorsions de Sarkozy, de ses ministres et des apôtres de l’Europe supranationale, qui rivalisent de langue de bois dans les débats audiovisuels.

Mais tout cela se voit désormais comme le nez au milieu de la figure. Il y a eu une première grande prise de conscience lors des référendums de 2005. Le référendum irlandais a été l’occasion d’une nouvelle prise de conscience. On a franchi une nouvelle étape. Le vent ne souffle plus en direction du super-Etat européen, mais vers l’Europe des peuples. Quand on voit je ne sais plus quelle sous-ministre, hier soir, affirmer que « 19 peuples ont dit oui et qu’un seul a dit non », et qu’il faut « respecter la démocratie » (par exemple, mais il y en aurait tant d’autres), on se dit qu’ils sont en train de perdre la partie.

Chacune de ces contorsions les rend un peu moins crédibles. Ils sont comme dans un de ces pièges qui se referment inexorablement et de plus en plus chaque fois que celui qui y est pris fait un nouveau mouvement.

Je ne crois pas que je prenne mes désirs pour des réalités. Je crois que quelque chose a vraiment changé. Et j’attends goulûment leurs prochaines erreurs…

01 juillet 2008

Pour saluer le Président polonais

Communiqué de Jean-Marie Le Pen

Jean-Marie Le Pen salue la décision du Président polonais Lech Kaczynski de ne pas signer la loi de ratification du traité de Lisbonne, au motif que c’est aujourd’hui « sans objet ».

En effet ce traité est caduc depuis le non irlandais.
C’est aussi ce qu’a déclaré le président tchèque Vaclav Klaus.

La Pologne est ainsi le troisième pays à rejeter le traité, ou plutôt le cinquième, car le peuple français et le peuple néerlandais avaient déjà rejeté ce même texte sous sa forme précédente.

Cette fois, un seul peuple a pu donner son avis. Mais cet avis a entraîné la mort juridique du traité. Les contorsions de Nicolas Sarkozy n’y changeront rien.

Bonnes nouvelles européennes

J’ai plusieurs fois insisté sur le fait que, contrairement à ce que veut nous faire croire la propagande intensive des eurocrates, certains pays donnés comme ayant ratifié le traité de Lisbonne, dont l’Allemagne et la Pologne, ne l’ont toujours pas fait. Chaque fois, je tremblais en me disant que peut-être je me trompais, que le président allemand et le président polonais avaient peut-être signé l’acte de ratification en catimini : puisque tout le monde se focalise sur les prétendues « ratifications » parlementaires, personne n’a fait attention que ces chefs d’Etat avaient rempli ce qui semble être considéré comme une simple formalité. D’autant que nous avons l’exemple français. Si le « débat » parlementaire fut très médiatisé, ainsi que le vote final du 8 février, presque personne n’a parlé de la signature de l’acte de ratification par Nicolas Sarkozy (c’était le 14 février au Journal Officiel).

Eh bien nous avons aujourd’hui la preuve que ces deux chefs d’Etat n’ont pas signé l’acte de ratification.

Lech Kaczynski : la ratification est aujourd’hui sans objet

La plus belle nouvelle nous vient de Pologne. Dans une interview au journal Dziennik, Lech Kaczynski déclare carrément que la ratification du traité de Lisbonne est « sans objet » depuis le non irlandais :

« Pour le moment, la question du traité est sans objet. Il est difficile de dire comment cela se finira. En revanche, l'affirmation selon laquelle il n'y a pas d'Union s'il n'y a pas de traité n'est pas sérieuse », souligne-t-il, rappelant que le même raisonnement avait été tenu par les partisans de la Constitution au moment de son rejet par les électeurs français et néerlandais en 2005. « Et pourtant l'Union a fonctionné, elle fonctionne et elle continuera de fonctionner. Bien sûr, elle n'est pas idéale, mais une structure à ce point compliquée ne peut être idéale. »

Hier soir, Nicolas Sarkozy disait que sa priorité était de « circonscrire le problème aux Irlandais » et de faire en sorte que les autres pays européens « continuent de ratifier ».

Eh bien le président polonais n’a pas l’intention de ratifier. Et l’on savait déjà que le président tchèque, arguant du fait que le traité est désormais caduc, n’a pas non plus l’intention de ratifier…

« Circonscrire le problème aux Irlandais », c’est fini avant de commencer.

Et le gros mensonge réitéré par Nicolas Sarkozy, selon lequel il est impossible d’étendre l’Union européenne à la Croatie sans le traité de Lisbonne, a fait long feu lui aussi. Cet argument destiné à faire pression sur les pays qui veulent voir la Croatie adhérer rapidement, comme la République tchèque, est passé à la trappe, car il ne faut pas prendre les dirigeants tchèques (ou autres) pour des imbéciles comme le fait Sarkozy avec les Français.


Le président allemand sursoit


D’autre part, le président allemand Horst Köhler a fait savoir hier soir qu'il attendrait, avant de signer la loi de ratification, l'avis de la Cour constitutionnelle (BVG), saisie de deux plaintes contre le traité. Plaintes dont on avait entendu parler mais dont on n’avait plus de nouvelles depuis un certain temps.

Elles émanent d’un député conservateur bavarois, Peter Gauweiler, et du groupe parlementaire de gauche radicale Die Linke. Elles pointent notamment les déficits démocratiques et le transfert vers Bruxelles de certaines prérogatives actuelles du Bundestag.

Dans le communiqué, la présidence de la République explique que Horst Köhler s'est conformé à une demande que lui a adressée la Cour constitutionnelle.

En fait, Horst Köhler est favorable au traité, et le communiqué souligne que sa décision de surseoir à la signature est « indépendante de l'examen par le président de la loi d'approbation » du traité. Il la signera donc dès que la Cour constitutionnelle aura rendu sa décision, laquelle ne fait guère de doute non plus. Mais en attendant, chacun voit désormais que l’Allemagne n’a toujours pas ratifié le traité.

26 juin 2008

Les deux questions de Kathy Sinnott

Nous avons déjà vu que la député irlandaise au Parlement européen Kathy Sinnott pose de bonnes questions. En voici deux autres à propos du référendum.

J’ai rencontré deux sentiments pendant que je faisais campagne en Irlande. Le premier était un sentiment général que les prises de décisions sont de plus en plus éloignées des citoyens, à l’avantage d’une lointaine bureaucratie. Ce malaise était accru par la simple non-prise en compte du NON français et néerlandais, qui manifeste pour les gens un manque de démocratie.

Le second sentiment, plus profondément ressenti, était qu’il y avait une perte de valeurs, plus précisément qu’elles étaient en train d’être changées en de nouvelles valeurs. L’Irlande, qui est traditionnellement fière de ses valeurs chrétiennes, découvrait qu’elle était en train de devenir une nation matérialiste.

Alors, avant de condamner l’Irlande et de chercher à contourner notre décision démocratique, posez-vous deux questions :

1 – Y en a-t-il un seul parmi vous qui croie vraiment que ce traité survivrait à des référendums dans les 26 autres pays ?

2 – Est-ce que menacer un pays parce qu’il est démocratique est un acte démocratique ?

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